Les différentes énergies perceptibles à proximité d’un espace funéraire

Michel PIERRE

Avertissement  :

Ce texte ci-dessous présente une hypothèse basée sur des observations préliminaires et des données limitées. Il ne s’agit pas d’une affirmation définitive, mais plutôt d’une proposition qui mérite d’être explorée et testée plus avant par des recherches et des études supplémentaires. Les conclusions tirées ici doivent être considérées comme des points de départ pour des discussions et des investigations futures, plutôt que comme des certitudes établies.  

Cet article concerne les lieux funéraires comme les cistes, les tombes à inhumation, les dolmens, les allées couvertes, les hypogés, les cairns, les tumuli et autres tholos sur le pourtour méditerranéen.

Nous allons étudier les énergies présentes dans les mégalithes du plateau de Castelet près de chez moi. 

Les hypogés se présentent avant tout comme des espaces funéraires.
La présence d’ossements humains, associée à une atmosphère dense et recueillie, témoigne de leur rôle primordial dans l’accompagnement et le passage des défunts.
Ils constituent des lieux de mémoire où s’exprime la relation intime entre les vivants et leurs ancêtres. 

Cependant, leur fonction ne saurait être réduite à cet usage unique.

Plusieurs indices archéologiques et symboliques suggèrent une dimension plus complexe, à la fois spirituelle et cosmique.
Certains hypogés semblent avoir été également des lieux d’initiation ou de transition destinés aux vivants, où l’on pouvait expérimenter un contact avec l’invisible.

Leur orientation témoigne souvent d’une attention particulière aux rythmes célestes : l’étude des axes architecturaux met en évidence des alignements coïncidant avec des événements astronomiques majeurs, tels que le lever ou le coucher du soleil aux équinoxes, voire certaines positions lunaires.

Cette précision n’est pas fortuite ; elle révèle une volonté de relier le monde des morts et celui des vivants aux grands cycles cosmiques. 

Du point de vue de la géobiologie, ces espaces se caractérisent par une double polarité énergétique :

d’une part, une densité mémorielle fortement ancrée dans la terre, liée aux restes humains et au caractère sépulcral du lieu ; d’autre part, une énergie plus légère et
ascendante, perceptible le long des axes ouverts vers l’horizon céleste.
Ce contraste crée une dynamique singulière : l’hypogé apparaît à la fois comme un lieu d’intériorité et comme une interface entre la profondeur de la terre et l’immensité du ciel. 

L’expérience sensorielle elle-même accentue cette dualité.
Dès l’entrée, l’obscurité enveloppe le visiteur, réduisant les repères visuels et obligeant à s’orienter par le toucher et l’écoute.
Les sons y résonnent de manière inhabituelle, amplifiés ou étouffés selon les galeries, produisant une ambiance propice au recueillement ou à la transe.
L’air y est plus dense, parfois saturé d’humidité, renforçant la sensation d’hypoxie, d’un passage dans un espace « autre » que la vie quotidienne.
Mais à certains moments de l’année, un rayon de lumière solaire vient percer l’obscurité, révélant soudain un alignement, une paroi, ou l’entrée d’une chambre.

Ce contraste saisissant entre l’ombre permanente et l’éclat fugace de la lumière céleste intensifie l’impression de franchir une frontière symbolique entre le visible et l’invisible. 
Cette mise en condition sensorielle pouvait avoir une fonction initiatique pour les vivants.
Le parcours dans l’obscurité, l’expérience du silence ou de l’écho, la confrontation avec les restes humains et l’attente du signe lumineux formaient un véritable rituel de passage.
Entrer dans l’hypogée revenait à vivre une expérience liminale : quitter symboliquement le monde ordinaire, pénétrer dans le royaume des ancêtres, puis renaître transformer au contact de la lumière cosmique.

On peut ainsi envisager que ces espaces aient servi à préparer les vivants à certaines étapes de la vie, prise de rôle social, rites de maturité, ou apprentissage spirituel en leur faisant expérimenter, de manière contrôlée, la traversée symbolique de la mort et du renouveau.

Je trouve des similitudes avec les rites d’initiation de la Franc-maçonnerie, les rites de passage sont essentiellement des expériences symboliques, conçues pour marquer des étapes de transformation intérieure.
Ce seraient ils inspirés des rites funéraires du néolithique ? 

Le ressenti particulier perçu dans les hypogés peut également s’expliquer par certains phénomènes naturels liés au sous-sol.
Les failles géologiques, les circulations d’eau souterraine et les variations de conductivité électrique du sol génèrent des micro-variations électromagnétiques et des différences de champ tellurique.

Ces facteurs, combinés à l’acoustique des cavités, peuvent influencer la perception sensorielle et contribuer à l’impression singulière éprouvée dans ces espaces. 

Un exemple significatif est fourni par les mégalithes du plateau de Castelet, près de Fontvieille (Bouches-du-Rhône).
Deux de leurs chambres souterraines révèlent une atmosphère lourde, confirmée par la présence de restes humains exhumés lors des fouilles archéologiques.

Mais certains couloirs manifestent également des alignements subtils avec le coucher du soleil aux équinoxes, ouvrant la possibilité d’un usage en tant qu’observatoire symbolique et initiatique. 

Cette articulation entre sépulture, initiation et cosmologie n’est pas propre à la Provence.
Elle se retrouve dans plusieurs traditions mégalithiques européennes : 

  • En Bretagne, les cairns de Gavrinis ou de Barnenez associent dépôts funéraires, gravures symboliques et orientations solaires, inscrivant la mémoire des ancêtres dans un cadre cosmique. 
  • En Irlande, le tumulus de Newgrange (vers 3200 av. J.-C.) s’illumine au solstice d’hiver : un rayon de soleil pénètre le couloir et vient toucher la chambre funéraire, rejouant chaque année le triomphe de la lumière sur l’ombre et réaffirmant le cycle de renaissance. 
  • À Malte, les temples mégalithiques (Ħal Saflieni, Ħaġar Qim) présentent eux aussi une forte dimension initiatique : leurs salles souterraines plongent le visiteur dans une obscurité résonante, propice aux chants et aux rituels, tandis que leurs ouvertures supérieures alignées sur le soleil rythmaient le temps sacré. 

 

Dans ce contexte, les hypogés provençaux apparaissent comme une variation locale d’un même langage symbolique et rituel : utiliser la pierre, l’ombre et la lumière pour créer des espaces où se rencontrent les morts et les vivants, la terre et le ciel, l’ombre et le renouveau. 

L’analyse croisée des données archéologiques, géobiologiques, astronomiques et sensorielles permet ainsi d’envisager ces hypogés comme des espaces plurifonctionnels : sépultures, certes, mais aussi lieux d’initiation, de transformation et de connexion avec les cycles célestes. 

Ce caractère multifacette souligne la richesse symbolique de ces monuments, conçus comme des ponts entre la mémoire des ancêtres, l’expérience des vivants et l’ordre cosmique. 

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