Le terme huile essentielle sacrée fait référence à une huile essentielle qui est utilisée dans les pratiques spirituelles, religieuses ou sacrées. Elles sont souvent considérées comme ayant des propriétés symboliques et spirituelles, en plus de leurs bienfaits thérapeutiques traditionnels. Leur utilisation dans des contextes sacrés remonte à l’Antiquité. Depuis des temps immémoriaux, les huiles essentielles sacrées ont été vénérées pour leurs pouvoirs spirituels et leurs capacités à élever l’âme. Ces précieuses essences aromatiques, extraites de plantes sacrées sont considérées comme des portails vers des dimensions plus élevées de Conscience.
Portons alors, avec cet éclairage mystérieux, un regard différent sur les huiles essentielles et intéressons-nous aux huiles essentielles sacrées. Voici l’encens oliban.
L'Encens d'Oliban : sacré dans les textes saints et les annales historiques
(Boswellia sacra, B. carterii (Yémen et Somalie), B. rivae (Érythrée et Éthiopie), B. serrata (Inde)
Tout comme la myrrhe, l’encens oliban est une sécrétion naturelle de petits arbres qui poussent dans les mêmes zones géographiques que l’arbre à myrrhe: la péninsule arabique et le nord-est de l’Afrique. Qu’il s’agisse de l’Afrique, de l’Inde ou du Proche-Orient, les boswellias supportent aisément des températures excessives, poussent sur des terrains secs, arides et rocailleux. On en trouve même parmi les rochers. Le tronc forme alors une plaque basale dont la fonction est double : gagner en adhérence et retenir l’humidité.
Le mot encens lui-même provient du latin incensum, participe passé du verbe incendere qui signifie brûler, enflammer. On décèle cette pureté dans l’arabe al-lubân (« être blanc ») et l’hébreu lebonah (« blanc comme du lait »).
Le sacré et l’encens oliban
En Égypte, on introduisait de l’encens dans les cavités abdominales des cadavres lors des cérémonies d’embaumement afin de prévenir la putréfaction. A l’instar de la myrrhe, l’encens était très prisé des Égyptiens. Ils utilisaient ces deux substances pour fabriquer le kyphi, parfum sous forme solide contenant de multiples ingrédients. Ils brûlaient aussi, en guise d’offrande, le bois d’encens. Imhotep, médecin égyptien, fut sans doute le premier à mettre en évidence les qualités cicatrisantes de l’encens oliban. L’encens oliban, connu aussi sous le nom de « l’or des pharaons ».
La première mention explicite à l’encens remonte au XVème siècle avant J.C., il y a 3500 ans. On la trouve dans la tombe de la reine Hatsethsup, qui avait envoyé une expédition dans le royaume de Punt, vraisemblablement le Yémen ou la Somalie, à la recherche d’arbres à encens et de bois aromatiques car, l’encens était le « parfum des dieux ».
Les brûleurs d’encens abondaient dans les temples, les palais et même dans les maisons les plus humbles. Les prêtres égyptiens en brûlaient trois fois par jour : l’oliban à l’aube, la myrrhe à midi et le kiphi au crépuscule.
Le kiphi était un mélange de 16 substances dont l’oliban. Par la suite, le Kiphi fut en vogue chez les Grecs et les Romains. Selon l’historien grec Plutarque, ce mélange calmait les angoisses et facilitait les rêves.
Les Grecs s’inspirèrent de la désignation arabe en nommant l’encens par le terme de libanos car ils croyaient que l’oliban provenait du Liban. Chez les Romains, l’encens c’est le thus, à rapprocher du grec thuô qui veut dire : « offrir un sacrifice en brûlant des offrandes ».
Connu depuis des milliers d’années, l’usage de l’encens remonte aux plus anciennes religions orientales, en particulier en Inde, où l’Ayurvéda emploiera ses qualités. Mais, en ces temps reculés, ce sont moins ses propriétés médicinales qui intéressent l’homme. Ovide, dans sa quatrième métamorphose, explique comment et pourquoi l’encens est né. C’est la relation du Soleil, Hélios/Apollon, avec Leucothoé[1] qui a valu à cette dernière d’être ensevelie vivante par son propre père. Promise à la décomposition, le dieu l’a transforme en encens oliban pour la relier à laTerre et au Ciel. L’encens, pur et sain, est l’émanation du soleil divin à travers la figure d’Apollon/Hélios, alors que Leucothoé sacrifiée est celle qui, en dépit de la fureur de son père, montera au ciel.
Selon Pline[2], « en automne, on recueille le produit exsudé l’été ; c’est l’encens le plus pur, il est blanc. La seconde récolte se fait au printemps, sur des incisions faites en hiver. L’encens qui en sort est roux et ne vaut pas le précédent. Le premier est dit carfiathe, dérivé de kharîf – automne en langue sudarbique, et le second dathiahte, dérivé de datha : printemps en langue sudarabique ».
[1] Dans la mythologie grecque, Leucothoé est une mortelle aimée par Hélios le Soleil. Sa légende nous est essentiellement connue grâce à Ovide : fille d’Orchamos, roi Achéménide, Hélios tombe amoureux d’elle et pour la séduire, il prend les traits de sa mère, Eurynomé. Clytie, une autre amante du dieu, dénonce par jalousie cette union à Orchamos, qui fait enterrer sa fille vivante. Incapable d’empêcher le châtiment, Hélios change néanmoins Leucothoé en tige d’encens oliban.
[2] Histoire Naturelle XII, 41 et XII, 60.
L’encens oliban est considéré comme une substance à même de capter la clémence des divinités et de les apaiser. Dans la Bible, l’encens d’oliban est associé à plusieurs rituels religieux, notamment dans le contexte du Tabernacle[1] et du Temple édifié par le roi Salomon, où il était utilisé selon les instructions divines données à Moïse et Aaron. Voici quelques références bibliques concernant l’utilisation de l’encens d’oliban dans les rituels religieux, en particulier en relation avec Aaron et la lampe :
1. Encens d’oliban dans le Tabernacle :
- Exode 30:34 : « L’Éternel dit à Moïse: Prends des aromates, du stacté, de l’ongle odorant, du galbanum, et de l’encens pur, en parties égales». Dans ces versets, Dieu donne à Moïse des instructions sur la manière de fabriquer un autel d’encens pour brûler de l’encens d’oliban devant l’Arche de l’Alliance dans le Tabernacle. L’encens devait être brûlé chaque matin et chaque soir, symbolisant les prières montant vers Dieu.
2. L’Offrande d’encens par Aaron :
- Lévitique 16:12-13 : « Il prendra un brasier plein de charbons ardents ôtés de dessus l’autel devant l’Éternel, et de deux poignées de parfum odoriférants en poudre; il portera ces choses au-delà du voile; il mettra le parfum sur le feu devant l’Éternel, afin que la nuée du parfum couvre le propitiatoire qui est sur le témoignage, et il ne mourra point. » Ce passage décrit la cérémonie du Jour des Expiations, au cours de laquelle Aaron, le grand prêtre, devait apporter de l’encens d’oliban sur l’autel des parfums devant l’Arche de l’Alliance, afin de purifier le sanctuaire et d’obtenir le pardon des péchés du peuple.
3. La Lampe d’or pur et l’encens d’oliban :
- Exode 30:1-10 : « Aaron y fera brûler du parfum odoriférant; il en fera brûler chaque matin, lorsqu’il préparera les lampes;». Dans ce passage, Dieu ordonne également à Moïse de fabriquer une lampe d’or pur, appelée le chandelier d’or, pour éclairer la Tente de la Rencontre.
Cette lampe devait être allumée chaque soir par Aaron et entretenue continuellement. L’utilisation de l’encens d’oliban et de la lampe d’or dans le Tabernacle avait des significations symboliques profondes. L’encens symbolisait les prières des fidèles montant vers Dieu, tandis que la lumière de la lampe représentait la présence divine et la guidance spirituelle dans les ténèbres de ce monde. Les chrétiens voient souvent dans ces rituels une préfiguration de Jésus-Christ, le Grand Prêtre supérieur à Aaron, qui intercède pour les péchés du monde entier. De même, Jésus est également vu comme la lumière du monde, éclairant les ténèbres de l’ignorance et du péché.
Aujourd’hui encore, l’encens oliban est utilisé lors de la Messe pour honorer la présence de Dieu, symbolisée par la fumée montante vers le ciel ou dans les processions pour bénir les fidèles, les autels et les objets liturgiques, créant une atmosphère de sanctification et de purification.
Au Moyen-Âge, on trouve, chez de nombreux auteurs, des informations sur les usages médicinaux de l’encens. Tout d’abord, avec Macer Floridus (De Viribus Herbarum), on apprend que l’encens, soixante-seizième plante abordée dans ce texte du XIème siècle, porte le nom latin de thus. Pour lui, l’encens est un tonique cutané portant cicatrisation des plaies, des brûlures et des ulcères, un expectorant et une substance qu’il donne comme antihémorragique. D’un point de vue supplémentaire, Macer Floridus indique que l’encens éclaircit la vue et fortifie la mémoire.
Au siècle suivant, Hildegarde de Bingen, qui appelle l’encens thur, reprend quelques peu les indications de Macer Floridus. Elle l’utilise ainsi sur les plaies et les démangeaisons, et loue la qualité réconfortante de l’encens.
Dans le Grand Albert[2], on trouve quelques indications relatives à l’encens : destiné aux maux oculaires, on attribue surtout à l’encens la capacité de lutter contre la corruption de l’air que l’on respire comme les maladies infectieuses et les épidémies. Quant au Petit Albert[3], il propose la recette d’une « eau céleste » contenant de l’encens et une foule d’autres ingrédients, au sein d’un mélange qui rappelle les antiques panacées aux propriétés quasiment miraculeuses. Dans des thériaques médiévales aux compositions plus tardives, on trouve l’encens dans bien des compositions magistrales : l’élixir de Garus, le baume du commandeur, etc.
Au XIXème siècle, avec l’avènement de la chimie de synthèse, le rôle de l’encens dans la pharmacopée décroît peu à peu. Il faudra attendre l’arrivée de l’encens dans le domaine de l’aromathérapie pour le voir de nouveau briller sur le devant de la scène.
L’encens d’oliban incarne ainsi la richesse de l’histoire et la profondeur des pratiques spirituelles à travers les âges. Tantôt vénéré pour ses propriétés sacrées, tantôt apprécié pour ses vertus thérapeutiques, il continue de fasciner et d’inspirer, rappelant la puissance et la beauté des trésors de la nature. Que ce soit dans les temples, les palais ou les marchés, l’encens d’oliban reste une essence précieuse, méritant sa place parmi les merveilles du monde.
[1] Le Tabernacle est le sanctuaire itinérant, centre du culte des Hébreux avant la construction du Temple de Salomon.
[2] Le Grand Albert est un grimoire, un célèbre livre de magie populaire, en latin, attribué à tort au théologien et philosophe Albert le Grand (vers 1200-1280). Commencé peut-être vers 1245, il reçoit sa forme définitive vers 1580, et son édition française classique date de 1703. Son titre entier est : Liber Secretorum Alberti Magni de virtutibus herbarum, lapidum et animalium quorumdam : « Livre des secrets d’Albert le Grand sur les vertus des herbes, des pierres et de certains animaux ». Il est aussi connu sous les noms de Les Secrets d’Albert, Secreta Alberti et Experimenta Alberti.
[3] Le Petit Albert est un grimoire dit « de magie », peut-être inspiré par les écrits de saint Albert le Grand et qui est, selon l’avis des historiens, une forgerie du XVIIe siècle. Il est imprimé en France pour la première fois en 1668 à Bellegrade, puis réédité régulièrement Il est associé à un ouvrage jumeau, le Grand Albert.
L’encens oliban et l’aromathérapie
L’huile essentielle est une gomme oléorésine de l’encens est un liquide blanchâtre et visqueux qui s’écoule le long du tronc incisé, sous forme de larmes. On distille cette gomme comme on le fait de la myrrhe L’huile essentielle qui en est tirée est un liquide fluide, incolore à jaune très pâle. Son parfum balsamique, boisé, résineux, présente une caractéristique note citronnée, sans être excessive.
1. Usage Médicinal :
- Propriétés anti-inflammatoires : l’encens oliban est utilisé dans la médecine traditionnelle pour ses propriétés anti-inflammatoires, notamment pour soulager les douleurs articulaires et musculaires associées à des conditions telles que l’arthrite et les entorses.
- Bienfaits respiratoires : en inhalation ou en diffusion, l’encens oliban peut aider à dégager les voies respiratoires, soulager la congestion nasale et les symptômes de l’asthme et de la bronchite.
- Effets calmants : son arôme boisé et terreux est réputé pour avoir des effets calmants sur le système nerveux, aidant à réduire le stress, l’anxiété et les sentiments de nervosité.
2. Usage Cosmétique :
- Parfum et aromathérapie : l’encens oliban est souvent utilisé comme note de fond dans la fabrication de parfums, d’huiles de massage et de produits de soins de la peau en raison de son parfum boisé, riche et chaud. En aromathérapie, il est utilisé pour favoriser le calme, la relaxation et l’équilibre émotionnel.
- Soins de la peau : en raison de ses propriétés anti-inflammatoires et antiseptiques, l’encens oliban est utilisé dans les produits de soins de la peau pour traiter l’acné, réduire les rougeurs et les irritations, et favoriser une peau saine et éclatante.
Lorsqu’on brûle de l’encens de manière traditionnelle, on remarque qu’il induit une respiration lente, profonde et régulière. Si l’on connaît l’action harmonisante de l’encens c’est que sa combustion libère du transhydrocannabinol, molécule proche du THC présent dans la résine de cannabis.
Tout comme l’encens en grains, l’huile essentielle d’encens oliban est préconisée pour la relaxation, l’introspection et la méditation au sens large. Elle agit sur bien des points parmi lesquels : clarté et lucidité, acceptation de la peur, de la mort, de la peur de la mort, au seuil de la mort huile essentielle parfaite en soins palliatifs de fin de vie, libération de l’agitation mentale, de la déception, de la perplexité et de l’instabilité. Elle permet aussi de dissoudre la rigidité mentale pouvant se transposer sur le corps par des zones douloureuses, et donc de gagner davantage en souplesse d’esprit par rapport aux choses et aux gens. Les personnes angoissées ponctuellement (examen, entretien…) ou régulièrement (craintes liées à l’avenir, etc.) auront toutes les raisons de faire appel à cette huile essentielle.
Comme pour toutes les huiles essentielles, il est préférable de tester l’huile essentielle de myrrhe sur sa peau avant toute utilisation afin de vérifier de l’absence d’une allergie.
Si elle autorise à se débarrasser des cauchemars, l’huile essentielle d’encens semble favoriser les rêves et développer l’intuition ; en effet, c’est l’une des principales huiles essentielles attachées au chakra de la couronne. Et c’est à travers ce chakra que l’huile essentielle d’encens favorise une meilleure communication des idées d’ordre spirituel.
En médecine traditionnelle chinoise, dans leur livre Phyto-énergétique, Michel Odoul et Elske Miles associent l’huile essentielle d’encens à deux méridiens: le méridien du maître-cœur et le vaisseau gouverneur. A propos du méridien du maître-cœur, un dysfonctionnement énergétique peut se traduire par de la nervosité, de la sensibilité, de l’hyperémotivité, de l’instabilité, de l’irritabilité, de la confusion mentale. A propos du vaisseau gouverneur, une déstabilisation énergétique provoque un manque d’énergie, un effondrement des défenses immunitaires et des états dépressifs.
L’encens oliban et l’aromathérapie sacrée
La méditation est sa voie royale. En inhalation, il est la porte d’un autre champ de conscience, la connexion à son Soi Guide, à l’union du Tout.
Enfin, l’on peut utiliser cette huile essentielle lors d’un aménagement. Elle purifie bien les locaux et l’on peut l’associer à la sauge officinale.
- Création d’une atmosphère sacrée : avant de commencer la méditation, allumez un morceau d’encens d’oliban. En respirant profondément son parfum, prenez un moment pour vous sentir ancré et présent dans l’instant présent.
- Focalisation de l’attention : pendant la méditation, utilisez la fumée de l’encens comme point focal pour votre attention. Vous pouvez vous concentrer sur le mouvement de la fumée qui s’élève lentement ou sur son parfum subtil qui remplit l’air.
- Élément de purification : l’encens d’oliban est souvent associé à la purification et au nettoyage énergétique. En brûlant de l’encens pendant la méditation, vous pouvez visualiser la fumée qui emporte les pensées négatives ou les tensions, vous permettant ainsi de vous libérer et de vous ouvrir à une expérience plus profonde.
- Facilitation de la relaxation : le parfum de l’encens d’oliban est connu pour ses propriétés relaxantes. En respirant ses arômes pendant la méditation, vous pouvez ressentir une sensation de calme et de tranquillité qui vous aide à vous détendre plus profondément.
- Connexion spirituelle : pour certaines personnes, l’encens d’oliban est associé à des pratiques spirituelles et religieuses. En l’utilisant pendant la méditation, vous pouvez renforcer votre connexion avec votre moi intérieur, avec les forces spirituelles qui vous entourent, ou avec une divinité particulière, selon vos croyances et vos intentions.



